Le mythe du détail

1 janvier 2010 | | Tags: | 1 Commentaire »

Dès ses débuts, l’image photographique fascine ses premiers observateurs par l’étendue et la richesse des détails qu’elle contient. Ce réalisme apparent était renforcé par le fait que tout objet présent devant l’objectif était représenté avec la même précision, sans la hiérarchie inhérente au choix que devait faire le peintre ou le graveur. Les premiers témoignages sont sans équivoques :

But the exquisite minuteness of the delineation cannot be conceived. No painting
or engraving ever approached it. For example: In a view up the street, a distant sign
would be perceived, and the eye could just discern that there were lines of letters upon it,
but so minute as not to be read with the naked eye. By the assistance of a powerful lens,
which magnified 50 times, applied to the delineation, every letter was clearly and
distinctly legible, and also were the minutest breaks and lines in the walls of the
buildings, and the pavements of the street. The effect of the lens upon the picture was in a
great degree like that of the telescope in nature.
Samuel F. B. Morse, New-York Observer 17:16 (20 April 1839), p. 62

Marc Antoine Gaudin, dans son Traité pratique de Photographie de 1844, parle d’un des tout premiers utilisateurs de la daguerréotypie qui, en voyant ces images, « s’extasiait devant des tuyaux de poêle et ne cessait de compter les tuiles des toits et les briques des cheminées… ».

En 1840, Edgar Allan Poe vante aussi la précision de la toute récente invention qu’est alors le daguerréotype :

[...] the daguerreotypes plate is infinitely (we use the term advisedly) is infinitely more accurate in its representation that any painting by human hands
Edgar Allan Poe, Alexander’s Weekly Messenger (Jan. 15, 1840), p.2

Cette fascination pour cette infinitude du détail photographique perdure encore aujourd’hui et est même décuplée depuis l’arrivé du numérique. Déjà en 1982, une scène du film Blade Runner montre une entrée dans le détail qui nous mène à l’image troublante d’une femme dans un miroir.

Depuis Blade Runner, on retrouve (trop) souvent ce genre de scène dans les séries policières, comme ce montage fort révélateur le démontre :

Au-delà du simple zoom avant, la fiction de l’entrée dans l’image propose plusieurs modes d’exploration tels que le mouvement latéral dans l’image, dévoilant le détail caché. On passe ainsi d’une stratégie de l’exploration à celle du dévoilement. L’image est si riche qu’elle n’arrive plus à tout montrer.

Plus prosaïques, mais néanmoins fascinants, les récents développements de l’image numérique nous proposent d’explorer des images panoramiques si riches qu’elles ne se dévoilent que par une patiente exploration telle, par exemple, ce récent panorama de la ville de Dresde, composé de vingt-six milliards de pixels !


http://www.dresden-26-gigapixels.com/dresden26GP

Pour en revenir aux daguerréotypes, pourquoi ne pas explorer celui çi, montrant la rue du Temple à Paris en 1838. Un seul personnage y est visible, ayant été immobile durant toute la prise de vue.


Photographie augmentée : frise panoramique

1 mai 2009 | | Tags: , , | 0 Commentaire »

frise_detroit

Une frise panoramique de 60 maisons abandonnées à Detroit a été réalisée par Jim Griffioen. Il a photographié les maisons de la rue West Robinson à Detroit. Sur 66 maisons, 60 sont abandonnées. Griffioen explique son projet sur son blog. Cette image, atypique par son format, résulte d’un assemblage des 66 images placées côte à côte. Si cette forme d’image propose un nouveau type de représentation, tant sur le plan spatial que temporel, elle rappelle aussi d’autres projets de photo-documentation.

matta-clark

Gordon Matta Clark : Splitting (still), 1974, épreuve argentique, Collection SFMOMA

On pense notamment à Gordon Matta-Clark. Bien que résultant d’une démarche totalement différente, on peut faire un parallèle entre la proche démolition des maisons et la brisure verticale, réelle et provoquée chez Matta-Clark, résultante du procédé de montage chez Griffioen.

On ne peut pas non plus ne pas penser à Google’s Streetview…


Photographie augmentée : Photosynth

18 avril 2009 | | Tags: , , , , | 1 Commentaire »

Apollo 10 : Modèle 3D dans Photosynth

Photosynth est un outil développé par Microsoft qui permet de créer des panoramas tridimensionnels à partir de plusieurs photographies d’un même lieu ou d’un même objet. Les immenses banques d’images telles que Flickr rendent disponibles les images nécessaires à la fabrication de vues tridimensionnelles et interactives. Plus le nombre d’images disponibles est grand, plus le modèle 3D permet une exploration détaillée du lieu. Les sites touristiques, tels que la Place Saint-Marc à Venise, sont de bons candidats, étant bien évidemment très photographiés. Pour être incluses dans un modèle 3D, ces images doivent également être convenablement indexées ou, encore mieux, géolocalisées.

Mike Ellis a récemment fait une expérience à partir d’un objet muséal. Il s’agit de la capsule Apollo 10, exposée au Science Museum de Londres. Cette expérience est intéressante à plusieurs égards. Elle repose sur des images produites par diverses personnes (Web participatif), regroupées grâce à des métadonnées, positionnées dans un modèle 3D permettant une exploration visuelle de l’objet plus riche que celle proposée par chaque image prise individuellement. Voir ce billet sur le blog de Mike Ellis pour plus de détails.

Le Moïse de Michelange a aussi fait l’objet d’un modèle dans Photosynth. Réalisé à partir de 363 photographies puisées dans Flickr, le modèle permet de s’approcher, de voir des détails et de pivoter autour de l’objet.

Le widget çi-dessous vous permet de naviguer dans le modèle 3D, mais vous devez d’abord installer Photosynth.