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Alain Depocas : «Modèles pour l’archivage numérique : Préservation et documentation du patrimoine des arts électroniques et numériques, un parcours», HorizonZéro, numéro 18, 2004

Depuis plus de quatre décennies, un nombre croissant d’activités artistiques reposent sur des technologies devenues désuètes, ce qui a pour effet de rendre difficile la préservation de ces oeuvres. Les organismes et les personnes devant préserver et documenter ces pratiques artistiques font face à une grande diversité de nouveaux problèmes. En effet, ces oeuvres se détériorent à mesure que les composantes originales se dégradent, et, comme le contexte du développement technologique échappe souvent aux spécialistes et historiens, le problème s’est aggravé.

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Alain Depocas : «Digital preservation : recording the recoding : the documentary strategy», Ars Electronica 2001 : takeover : who’s doing the art of tomorrow, Linz : Ars Electronica Center, 2001.
Également disponible en français, sous le titre «Préservation numérique : la stratégie documentaire»

Perfectionner la préservation des œuvres d’art médiatiques sans l’aide d’une documentation structurée est insuffisant. Il est essentiel, en matière de préservation, de documenter les œuvres et le contexte dans lequel elles s’inscrivent. En fait, compte tenu de la grande précarité de certains projets en ligne, la documentation se révélera souvent la seule trace subsistante de l’œuvre. Ce qui donnera une véritable valeur à une collection d’art numérique, c’est la documentation, les méta-données, la mise en contexte et la garantie de l’accès à long terme à la documentation.

Reste à voir quelle approche convient le mieux à la documentation. Il importe surtout d’expérimenter diverses façons de diffuser la documentation, par exemple en ayant recours à différentes interfaces de bases de données.

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Alain Depocas : «La mutation comme facteur de conservation : le cas des oeuvres à composantes technologiques = Mutations as a conservation factor : the case of works with technological elements», Espace sculpture, (printemps 2005)

Il n’est pas nouveau que des oeuvres d’art soit montrées sous des formes différentes au gré de leurs présentations. C’est même la norme dans de nombreuses formes d’expressions artistiques telles que la danse, le théâtre ou la musique. En arts visuels où, jusqu’à récemment, la majorité des oeuvres se présentaient sous forme d’un nombre restreint d’éléments—voire même le plus souvent unique —, la possibilité qu’une oeuvre puisse « changer » au fil du temps était faible. Les seuls changements possibles—du moins acceptables bien que peu souhaités—concernaient ceux provenant du passage de temps, de l’usure, de la lente détérioration. La patine, par exemple, fut même, selon les époques, appréciée en tant que garante de l’authenticité d’oeuvres anciennes. Les spécialistes de la conservation et de la restauration des oeuvres issues des médias traditionnels, tels que la peinture et la sculpture, ont depuis longtemps développé des techniques, méthodes et protocoles parfaitement adéquats à ces genres artistiques. Pour autant que les deux règles d’or que sont la documentation et la réversibilité soient respectées, et sans vouloir en diminuer la complexité, on peut affirmer que la préservation des oeuvres de type traditionnel ne pose plus de problèmes aux organismes et individus qui en ont la charge.

La situation est tout autre dans le domaine des pratiques artistiques reposant sur des technologies. La condition d’existence concrète de ces oeuvres, leurs véritables contenus, leur « essence » reposent rarement sur des objets uniques et stables, dont la simple préservation serait garante de la pérennisation de l’oeuvre elle-même. Ces oeuvres existent même parfois en dehors de tout objet physique. Elles peuvent, par exemple, s’inscrire sur des réseaux informatiques—comme Internet—eux-mêmes en constante mutation. De telles oeuvres contiennent souvent en elles-mêmes les conditions de leurs propres instabilités. Il va sans dire que de telles pratiques artistiques requièrent de nouvelles méthodes de conservation et de documentation qui doivent tenir compte de la variabilité, de l’instabilité des oeuvres.